Les cours à distance : le calvaire estudiantin ? 

Article 4

De prime abord, les avantages paraissent multiples : gain de temps sur les trajets, diminution des frais de nourriture, de logement et de transport, augmentation du temps libre et des moments familiaux… Autrement dit, que du positif ! Que du positif, vraiment ? Malheureusement, comme nous allons le voir, le mirage onirique a rapidement laissé place à la réalité : étudiants désocialisés, démotivés et déprimés entrainant des décrochages scolaires, des troubles de la santé mentale et des tentatives de suicide, il s’agit du revers de la médaille de l’enseignement en ligne. Enquête au cœur du problème.  

Comme nous l’avons vu dans un précédant article de cette série consacrée à la digitalisation de l’éducation, les plateformes pour maintenir les interactions sociales à distance et offrir des cours en ligne sont nombreuses et florissantes. Que ce soit zoom, teams ou webex, le principe reste le même : d’un côté, un enseignant exposant son cours seul face à son ordinateur et de l’autre, des étudiants tout aussi seuls derrière leurs écrans. Le point de vue des enseignants sera abordé dans l’article suivant, nous nous concentrerons donc sur la situation estudiantine.  

Pour commencer avec les éléments négatifs, comme le montre une enquête de la HES-SO, les plateformes utilisées pour les cours en ligne détériorent les interactions entre les étudiants et avec les enseignants, provoquant certainement une diminution de la compréhension de la matière étudiée. 

Figure 1 : qualité des contacts évaluée par les étudiants suite aux cours en ligne

Corrélé au fait précédent, le sentiment de solitude explose. En effet, après documentation, forcé de constater que le mot « solitude » est omniprésent dans l’enseignement à distance. Voici l’un des plus fidèles compagnons des étudiants en cette période troublée. « Ça fait des mois que je n’ai plus vu personne, c’est dur d’être enfermée, de devoir fixer un écran pendant des heures sans voir la personne derrière l’écran, on n’a pas de contact humain » témoigne une jeune en études d’infirmière. Personne à qui parler pour se changer les idées, pour boire un café ou pour débattre d’un point du cours ambigu.

De ce sentiment de solitude émerge moult problèmes. D’abord, le manque de motivation devient de plus en plus fort, principalement car les activités permettant de se vider la tête, notamment sportives et sociales, sont réduites à néant. Cela peut provoquer des problèmes de santé, principalement de poids, de posture ou de vue. De plus, les jeunes ont de grandes difficultés à se projeter dans l’avenir, ce qui les plonge dans un climat de stress et d’incertitude. De surcroît, la majorité des étudiants estiment que la charge de travail a augmenté et se sentent submergés par le travail, diminuant encore un peu plus leur motivation.

Figure 2 : la charge de travail durant la crise COVID-19 pour les étudiants

Parallèlement, la baisse de la concentration augmente avec les cours à distance. Cette baisse est principalement due à toutes les distractions présentes à domicile ainsi qu’à la diminution de l’investissement dans les études de la part des étudiants.

Figure 2 : évaluation des étudiants quant à leur capacité de à se concentrer entre avant et pendant/après la période de confinement 

A cause de tout cela, les étudiants sont globalement moins satisfaits de leur établissement scolaire que pour la période avant COVID-19. Ce « raz-le-bol » peut être mis en avant par ce tweet : 

Pour étayer ces propos, un sondage réalisé par la Fédération des étudiants neuchâtelois (FEN) montre que les étudiants sont épuisés et dans un état de stress et d’angoisse avancé, d‘autant plus à l‘approche des examens. L’inquiétude principale pour la FEN est le risque de décrochage, surtout pour les nouveaux étudiants. Pour résumer les quatre difficultés majeures vues jusqu’alors, nous pouvons reprendre l’étude de la HES-SO qui les expose sur ce graphique :

Figure 4 : les difficultés rencontrées durant l’enseignement à distance, par les étudiants

Puis, cette situation perdurant, les troubles mentaux ainsi que les décrochages apparaissent. Arnaud Pictet, psychologue au pôle santé à l’université de Genève, met en avant qu’une grande partie des étudiants sont fragiles et ont des problèmes de santé mentale, fragilité déjà présente avant la crise sanitaire. Pourtant, malgré l’augmentation des consultations psychologiques, 70 à 80% de ces jeunes ne demandent pas d’aide. D’après une étude réalisée par Ipsos, deux tiers des 18-24 ans estiment que la crise actuelle va avoir des conséquences négatives sur leur propre santé mentale, 40% d’entre eux rapportent un trouble anxieux généralisé et un cinquième des jeunes de cet âge montrent des symptômes de troubles dépressifs. Certains vont jusqu’à commettre des actes désespérés, comme 2 étudiants lyonnais s’étant défenestré début janvier. 

Autre conséquence négative de l’enseignement en ligne, il renforce les inégalités au sein du corps estudiantin. En effet, d’après une étude de l’université de Genève effectuée avant la crise sanitaire, les cours en ligne améliorent de 2,5% les résultats des examens des meilleurs étudiants, mais péjorent de 2% ceux qui sont moins brillants. 

Cette vidéo parue sur la chaîne Youtube de « Mise au point » permet d’avoir une vision plus globale du « blues des étudiants » au travers de différents témoignages, englobant des thèmes non-traités dans cet article. 

Naturellement, après avoir énumérés les différents problèmes liés à cette méthode d’enseignement, il ne faut pas oublier les points positifs, car il y en a. Premièrement, tous les étudiants évitent de perdre du temps dans les transports pour se rendre à l’université. De plus, la flexibilité octroyée par le streaming des cours en ligne n’est pas négligeable. Les étudiants ont la possibilité d’organiser leur emploi du temps comme bon leur semble. Autre point fort du streaming, il s’adapte à tous les rythmes. Il offre la possibilité d’accélérer la vitesse de la vidéo, de mettre pause pour prendre des notes ou de revenir en arrière en cas d’incompréhension. De surcroît, certains frais ont pu être réduits ou diminués, comme ceux de transport et de logement. Finalement, cela a permis à tous les acteurs de cet enseignement de mieux se familiariser avec l’utilisation des outils numériques

Ainsi, nous avons fait un tour d’horizon des conséquences positives et négatives pour les étudiants suivant des cours à distance. Ils sont intéressants sur de nombreux points et pourraient prendre une place plus importante dans l’enseignement dans les années à venir. Malheureusement, les points négatifs noircissent grandement le tableau. Pour généraliser cette méthode efficacement et sur le long terme, il faudrait estomper voire effacer la plupart des côtés sombres. Le dernier article vous présentera des pistes et des solutions pour que les cours en ligne soient plus agréables pour tout le monde et, qui sait, deviennent la norme ?  

Audran Schmid

Crédit photo : Photo by engin akyurt on Unsplash

2 commentaires sur « Les cours à distance : le calvaire estudiantin ?  »

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